RE2020

D’OÙ VIENT LA RE 2020 ?

Après des années à se dire « jusqu’ici tout va bien » et devant l’urgence climatique devenue incontestable pour la majorité d’entre nous, la France se devait de passer à la vitesse supérieure concernant un des leviers importants de limitation des émissions de CO2 : le secteur de la construction.

L’échéance 2050, de division par 4 des émissions de CO2 (appelé « facteur 4 »), n’étant plus une date d’un film de science-fiction mais devenant de plus en plus réelle à mesure que les années passent, il fallait agir urgemment et plus fortement que nous ne l’avons fait ces dernières décennies.

La démographie mondiale aidant, il y aura toujours plus de personnes à loger (même si les fortes démographies sont plutôt réservées à des pays en voie de développement). Ainsi l’impact, en volume de Gaz à effets de serre, du secteur de la construction, va continuer à croître si nous ne faisons rien.

Certains diront que la France était déjà volontaire sur le sujet en comparaison à d’autre pays industrialisés, d’autres qu’elle ne génère qu’une très faible part des émissions de CO2 mondiales et que ses efforts ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan d’efforts environnementaux bien vide.

Quoi qu’il en soit, l’exemplarité nationale peut avoir une portée continentale voir mondiale. La preuve, nous louons encore le savoir faire en termes de bâtiments passifs de l’Allemagne ou de l’Autriche.

Dans un contexte d’ouverture au monde qui a beaucoup changé ces dernières décennies et qui permet, aujourd’hui, de se nourrir facilement de l’expérience des autres même quand elle vient de l’autre côté de la planète, ce sont bien les actions et expériences locales qui peuvent créer des dynamiques à des échelles beaucoup plus importantes.

Alors chacun expérimente dans son coin, certains plus que d’autres ou avec plus d’ambitions, dans sa ville, dans sa région ou dans son pays.

En France nous avons notre propre vision des choses. Nous avons parfois été ambitieux … dans nos annonces. En 2000, lorsque Lionel Jospin détaillait nos objectifs de développement des énergies renouvelables pour les années à venir ; En 2010 en intégrant l’enjeu climatique et le facteur 4 dans nos politiques via la loi grenelle 2 ; En 2015 en étant le porte-étendard des sujets environnementaux aux yeux du monde avec la COP 21 et les accords de Paris. Cependant nos échecs à traduire ces ambitions par des actes forts, suffisamment rapidement, a généré le retard pris sur chacun de ces engagements.

Nous devons donc amorcer une rupture, franche et immédiate, de nos habitudes de construction et d’exploitation des bâtiments (je ne m’attarderai ici que sur ce secteur mais les axes de travail et de changements nécessaires dans nos sociétés sont nombreux).

Restons positif : Il y des signes encourageants : La part d’énergie renouvelables dans le mix énergétique Européen a plus que doublé depuis 2004 passant de 8.5 % à presque 20 % en 2020 ; Le nouveau président des Etats-Unis semble disposé à faire revenir les USA à la table des négociations sur le climat ; Les générations actuelles, notamment les plus jeunes, ont une sensibilité environnementale très poussée ; L’obligation de rénovation énergétique des bâtiments tertiaires a enfin vu le jour en 2019; En 2020, la France a mené un exercice démocratique inédit : la création de la convention citoyenne sur le climat (cette expérimentation donnant lieu actuellement à de vifs débats sur sa traduction dans la future loi climat). Enfin la France continue de travailler et d’expérimenter sur la limitation des impacts de la construction neuve, jusqu’à sortir une nouvelle Règlementation Environnementale 2020 en … 2022 !

En 1974, peu après le 1er choc pétrolier et la relative prise de conscience du besoin d’économiser de l’énergie nait la première règlementation thermique (RT). Depuis nous sommes passés par plusieurs « Mises à jour » (en 1982, 1988, 2000, 2005 et enfin 2012). Nous avons augmenté nos objectifs de sobriété énergétique graduellement, d’abord sur le chauffage puis en intégrant la ventilation, la production d’eau chaude sanitaire, l’éclairage et les auxiliaires électriques.

Nous avons étendu le champ d’application de ces règlementations (elles ne concernaient initialement que les bâtiments résidentiels puis a été appliquée à ceux non résidentiels) et corrigé certains des écueils de chaque règlementation précédente (non-prise en compte des apports solaires qui pouvaient conduire à limiter la taille des fenêtres, intégration (très perfectible) du confort d’été, absence d’obligation sur la maîtrise de l’impact CO2, etc …)

Malgré tous leurs défauts, ces règles ont eu le mérite d’impacter, parfois à la marge mais parfois de manière plus sensible, les systèmes constructifs, l’enveloppe des bâtiments, les qualités bioclimatiques des constructions, les systèmes de production énergétique, les systèmes techniques et le mix énergétique national. Tout cela en croisant sans cesse la question de l’ambition et de la soutenabilité financière des changements.

Nous sommes passés, en presque 50 ans, d’une Règlementation Thermique (RT) à une Règlementation Energétique (donc plus globale mais qui continuait pourtant à se nommer RT (2012)) puis à une Règlementation Environnementale (RE2020) et avons divisé par cinq les consommations énergétiques des bâtiments qui y sont soumis.

Les objectifs ont évolué à mesure que notre perspective changeait : d’abord limiter la consommation d’énergies fossiles pour diminuer l’impact de leur coût en cas de crise pétrolière, puis anticiper un épuisement de ressources finies en énergie fossile et enfin limiter le dérèglement climatique.

La RE2020 arrive, nait de l’expérimentation E+C- qui a commencé en France en Octobre 2016 et de cette volonté d’appliquer la stratégie nationale bas carbone censée nous permettre d’atteindre nos objectifs en 2050.

Elle devrait permettre à la fois de traiter certains chantiers des précédentes règlementations qui n’avaient pas aboutis et d’introduire de nouvelles ambitions plus globales sur les questions environnementales :

  • La prise en compte de l’analyse de cycle de vie globale d’un bâtiment sur 50 ans introduisant la question de l’impact de la fabrication des matériaux, des transports mais aussi de la fin de vie et du réemploi ou du recyclage ;
  • L’encadrement des émissions de gaz à effet de serre qui était resté un simple indicateur (sans obligation) de la phase exploitation dans la RT2012 et qui deviendra une imposition s’appliquant également à la phase de construction, ses seuils maximums évoluant dans les années à venir ;
  • La question du confort d’été qui, si un indicateur existait déjà en RT2012, la Tic (vaste blague), devrait enfin, après de longues promesses non tenues, intégrer un principe beaucoup plus abouti et plus exigeant (Degré Heures (d’Inconfort) DH) ;
  • Une hausse des exigences minimums sur la qualité de l’enveloppe des bâtiments ;
  • Une meilleure valorisation de la production d’énergie renouvelable notamment sur site ;

La RE2020 ne règlera pas tout, loin de là. Mais restons positif, c’est un premier pas et dans une nouvelle direction. Déjà confirmée, déjà attaquée et déjà modifiée mais ça c’est une autre histoire.

SOLAB.